14 Janvier 2008 - Actualité christianisme, société, religion
Bilan 2007 & Défis 2008 : Regards de Jean-Luc Mouton (Réforme), Christian Willi (Alliance Presse), et Jérôme Anciberro (Témoignage Chrétien)
Par Paul Ohlott
France  |  Source : TopInfo  |  Lu 2369 fois  |  26 votes

Que peut-on retenir de l’actualité en 2007 pour le monde chrétien ? Observe-t-on un engagement accru des chrétiens dans la société, ou au contraire, assistons-nous à un recul de l’influence chrétienne dans la sphère publique ? Quels sont les chantiers qui attendent l’Eglise cette année ?... Pour un regard complet, trois observateurs attentifs de l’actualité chrétienne, ont accepté de partager leur point de vue. Il s’agit de Jean-Luc Mouton, Directeur de la Rédaction pour le journal hebdomadaire «Réforme» ; Christian Willi, Directeur d’Alliance Presse et Rédacteur en chef du magazine mensuel «Christianisme Aujourd’hui» ; Et Jérôme Anciberro, Responsable des questions religieuses pour le journal hebdomadaire «Témoignage Chrétien».

Ecouter un extrait de ces entretiens : FlashInfo


Propos recueillis par Paul Ohlott.


Point de vue de Jean-Luc Mouton

Directeur de la Rédaction au journal Réforme.

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Paul Ohlott : Concernant l’actualité du Christianisme, que retenez-vous de l’année 2007 ?

Jean-Luc Mouton : Cette année, nous avons eu l’élection du Président de la Fédération Protestante, qui est issu du milieu évangélique. Il s’appelle Claude Baty, il est membre d’une église évangélique libre, et c’est quelqu’un de tout a fait équilibré et pondéré. Il donnera peut être une autre image du monde évangélique, mais devrait aussi permettre de créer de nouveaux liens entre les milieux évangéliques et ceux plus traditionnels, réformés ou luthériens. On assiste donc à une ouverture dans le monde protestant. On ne sait pas trop ce que cela va donner, mais c’est encourageant et pour le moins intéressant. Sinon, je pense à une grande rencontre œcuménique internationale qui a eu lieu à Sibiu. Elle a marqué l’année, parce qu’elle faisait suite aux déclarations de Benoît XVI, sur le Muto Proprio, le retour de la messe en latin, et puis l’idée que l’Eglise chrétienne subsiste dans la seule église catholique, ce qui est un peu embêtant quand on prétend faire de l’œcuménisme ! Lors de cet événement, il n’y a pas eu de difficultés insurmontables, mais une sorte de coup d’arrêt. En 2007, nous n’avons pas travaillé à gommer les différences entre les communautés. C’était une période où les différentes communautés chrétiennes se demandaient comment avancer plus loin, étant donné que chacune réaffirme son identité de manière assez forte. Et les réformés ou luthériens, qui sont très œcuméniques, sont un peu inquiets de cette situation. Allons-nous retrouver l’élan œcuménique des années 60, ou nous dirigeons-nous vers un temps de glaciation ? Il est étonnant que malgré une méconnaissance de plus en plus profonde des convictions chrétiennes par la population en Europe, nous passons beaucoup plus de temps à creuser des différences entre-nous, plutôt que de nous adresser au grand public pour propager un témoignage commun. Je me désole de cela aujourd’hui.

P.O. : Vous retenez donc beaucoup d’inquiétudes ?

J-L M. : Des inquiétudes concernant l’œcuménisme, mais beaucoup d’espoir au sein du monde protestant, parce que nous avons enfin pris en compte la réalité de l’importance des milieux évangéliques. Même si cet espoir est un pari ! On ne s’est pas trop comment tout cela va évoluer, car chez les évangéliques, il y a toute sorte de tendances. Et certaines sont parfois un peu déroutantes  vis-à-vis de l’opinion publique française. Ces églises déploient une forme très euphorique, et un dynamisme avec des cultes gospel. Tout cela est très sympathique, mais cela engendre aussi une peur des sectes et de la manipulation. Ce n’est pas du tout le cas, mais avec un regard précipité on peut avoir cette impression.

Nous avons enfin pris en compte la réalité de l’importance des milieux évangéliques 

P.O. : Les réunions œcuméniques ne seraient-elles que de la poudre aux yeux ?

J-L M. : Ce serait un peu exagéré de dire cela, mais j’ai assisté à la rencontre de Sibiu et c’était un peu morne plaine. Chacun faisait son discours. Un orthodoxe vient et fait un discours sur l’Orthodoxie, on l’applaudit. Après, il y a un protestant, puis un catholique. Et tous ces discours sont parallèles. Même s’il y a plein d’éléments communs, on a l’impression qu’il n’y a pas grand-chose qui se rencontre. Ce n’est pas de la poudre aux yeux, mais les religieux pensent qu’il faut avancer en étant pleinement au bout de soi-même. L’idée, c’est donc la réaffirmation identitaire. Peut être est-ce dû au fait que chacun est un peu perdu dans ce monde complexe, et qu’il a besoin de se retrouver.  

P.O. : Concernant l’engagement des chrétiens dans la société, avez-vous constaté un recul ou au contraire, un engagement renforcé ?

J-L M. : Il y a un domaine où les chrétiens sont engagés ensemble, en tous les cas, les catholiques et les protestants, c'est le combat pour l’accueil des immigrants, donc la défense des sans-papiers, et le désir de faire une place à l’étranger. Le discours du gouvernement actuel est d’ailleurs très critiqué par l’ensemble des Eglises, même si le terme d’immigration choisie n’est pas complètement scandaleux. Il y a des associations comme le CIMADE du côté protestant ou le Secours catholique, qui sont très engagés dans ce domaine. Sur ce point, il y a un fort engagement de type politique, de la part des chrétiens. Et cet engagement non seulement perdure, mais se développe, notamment dans l’Eglise réformée. En revanche, en 2007, il y a eu les élections présidentielles, et on a vu que les chrétiens n’échappent pas aux divisions de la société. Il y avait des chrétiens dans tous les camps, et j’ai l’impression qu’il y a des clivages idéologiques de plus en plus forts. Certains disent que l’on ne peut pas être chrétien et être à gauche, et d’autres soutiennent que l’on ne peut pas être chrétien et défendre la responsabilité personnelle, l’individualisme, le libéralisme…etc. Dans notre journal, nous avons eu des débats qui étaient très difficiles. Des gens faisaient feu en disant «Je ne tolère pas que des chrétiens qui confessent Jésus-Christ comme Seigneur, soutiennent Sarkozy ou soutiennent l’extrême gauche, car ce n’est pas compatible !». On a donc assisté à un fort engagement en politique, mais en même temps avec beaucoup de divisions. On retombe dans les clivages de la société et ces clivages pèsent dans les Eglises. Les évêques ou les pasteurs ont essayé de définir quelques lignes de réflexion, mais c’était très difficile de trouver le moindre consensus.

Il faut que l’on aille de l’avant pour être un peu plus présent, en tant que chrétien, et chrétien confessant, en affirmant de manière paisible et joyeuse notre foi 

P.O. : Donc, engagés mais dispersés…

J-L M. : Tout à fait, sauf sur la question de l’immigration, où les chrétiens manifestent majoritairement une préoccupation pour les pauvres, les sans-abri, et les sans-papiers.

P.O. : Quels sont les principaux chantiers qui attendent l’Eglise en 2008 ?

J-L M. : Le témoignage dans la société est le point important où nous sommes attendus. Il y a de plus en plus d’intérêt pour la spiritualité, et de plus en plus de réticence vis-à-vis des institutions. Le défi des chrétiens et de répondre à l’attente spirituelle de leurs contemporains. Comment peut-on avoir un témoignage commun ? En 2007, on a fait le constat de nos différences. Maintenant, il faut que l’on aille de l’avant pour être un peu plus présent, en tant que chrétien, et chrétien confessant, en affirmant de manière paisible et joyeuse notre foi, dans tous les domaines de la société, que ce soit autour des questions politiques, sociales, éthiques ou culturelles. Il faut que les chrétiens soient plus présents dans le débat public et n’aient pas honte de leurs convictions. Ce que Nicolas Sarkozy a déclaré au Vatican était tout à fait intéressant quand il montre qu’il n’a pas peur du témoignage des chrétiens, et il les invite à prendre toute leur place. Je pense que le défi pour 2008 consiste à prendre notre place, et le Président de la République nous y invite.


Point de vue de Christian Willi

Directeur d’Alliance Presse                                                Rédacteur en Chef du Christianisme Aujourd’hui.

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Paul Ohlott : Concernant l’actualité du Christianisme, que retenez-vous de l’année 2007 ?

Christian Willi : Sur le plan institutionnel et de l’unité, je pense qu’il est utile de relever l’élection d’un évangélique - le libriste Claude Baty - à la tête de la Fédération protestante de France. C’est le second Président évangélique depuis sa création. Dans la foulée, il conviendrait de saluer l’engagement très déterminant de son prédécesseur, Jean-Arnold De Clermont, pour la respectabilité des évangéliques. Je noterai encore deux autres élans ou mouvements l’an dernier. A savoir d’une part, un élan d’unité qui se confirme au sein des rangs évangéliques, par l’organisation du CNEF (Conseil National des Evangéliques de France), qui va sans doute accoucher en 2008 d’une structure fédérative de l’ensemble des mouvements évangéliques. Et d’autre part, je note la forte participation des évangéliques au Forum Chrétien Mondial de Naïrobi. C’était une première, car les évangéliques sont plutôt connus pour être timides sur le plan œcuménique. Et à cette occasion, ils se sont déplacés en masse, puisqu’ils représentaient 45% des 250 délégués.

Je dénote un engouement particulier des évangéliques pour la télévision 

P.O. : Et en dehors du plan institutionnel ?

C.W. : Un autre fait, aurait dû être un événement marquant l’an dernier, c’est l’année de l’enfant, qui a été instaurée par différentes organisations évangéliques. Mais sur ce sujet, on peut parler d’un succès en demi-teinte, puisque l’idée de susciter un engouement pour le travail parmi les enfants, a été suivie timidement. Enfin, sur le plan de l’évangélisation, on a vu deux initiatives intéressantes. La première, c’est l’invitation des parcours Alpha, une initiative commune aux catholiques, protestants et évangéliques, qui a été adressée aux Franciliens. Pas moins de 10.000 participants ont pris part à un repas de présentation de ce cours d’initiation à la foi chrétienne. Et puis, je dénote un engouement particulier des évangéliques pour la télévision. Le TopChrétien a lancé sa TopTV, et il y a eu plusieurs initiatives comme GodTv, ZeBuzzTv…etc.  

P.O. : Concernant l’engagement des chrétiens dans la société, avez-vous constaté un recul ou au contraire, un engagement renforcé ?

C.W. : Ces dernières années, je constate qu’il y a une réelle prise de conscience sur le fait que les chrétiens ont un rôle à tenir au sein de la société, et que le témoignage chrétien ne passait pas uniquement par l’affirmation de la Parole dans un lieu de culte, mais aussi par une présence dans la société, aux côtés des gens qui souffrent, ainsi que dans la gestion de la société. Et on a pu voir par exemple, plusieurs maires évangéliques qui n’hésitaient pas à afficher leurs convictions.

Je constate qu’il y a une réelle prise de conscience sur le fait que les chrétiens ont un rôle à tenir au sein de la société 

P.O. : Concernant les relations entre les différentes branches du Christianisme, est-ce que l’on assiste actuellement à un rapprochement ou un éloignement ?

C.W. : Les relations entre les différentes branches du Christianisme se développent à géométrie variable, mais je crois plutôt à un rapprochement. Comme je l’ai précisé précédemment, le Forum Chrétien Mondial qui a été organisé à Naïrobi, a vu une participation très intéressante des évangéliques. C’est un phénomène plutôt nouveau, car cet événement a été initié par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), une institution habituellement boudée par le monde évangélique. Et l’événement commun des parcours Alpha semble confirmer cette tendance.

P.O. : Quels sont selon-vous les principaux chantiers qui attendent les chrétiens en 2008 ?

C.W. : En 2008, les évangéliques vont être éprouvés sur leur capacité d’unité, avec la mise en place du CNEF. Nous verrons prochainement si les évangéliques confirment ou non cet élan d’unité qui se profile depuis 2 ou 3 ans en France. Dans un tout autre registre, il sera intéressant de suivre le PRC, le Parti chrétien, qui a été lancé en France, afin de voir comment il va se comporter lors des premières échéances électorales. Est-ce que les évangéliques vont lui faire confiance ? Allons-nous connaître une avancée ou un recul des évangéliques en terme d’engagement citoyen ? A suivre donc très attentivement. Et puis, il y a plusieurs projets d’évangélisation qui se profilent, notamment lors de l’Euro foot, et il sera intéressant de voir s’il y aura une participation massive ou non des évangéliques. Le mouvement évangélique est très dynamique, il fourmille de projets, et il est vrai que pour les églises locales ou les individus chrétiens, ce n’est pas toujours évident de savoir dans quels projets se lancer, tant ils sont sollicités.


Point de vue de Jérôme Anciberro

Resp. des questions religieuses à Témoignage Chrétien.

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Paul Ohlott : Concernant l’actualité du Christianisme, que retenez-vous de l’année 2007 ?

Jérôme Anciberro : Je pense particulièrement à l’affirmation de la question chrétienne. Par exemple, aux Etats-Unis, en ce moment. C’est quelque chose qui m’a frappé cette année, de savoir que tous les candidats à la présidentielle sont marqués religieusement, et cette appartenance devient une information ! L’identité religieuse devient un thème important. Par ailleurs, sur le plan de l’Eglise catholique institutionnelle, j’ai été interpellé par la nécessité de l’affirmation d’un message, explicitement chrétien. Par exemple, la note doctrinale de la congrégation pour la doctrine de la foi, du 14 décembre, sur l’évangélisation, y va franco, et déclare que lorsque nous sommes chrétiens, nous devons présenter le message chrétien, ne pas avoir peur d’évangéliser, et dire les choses clairement. Ce thème devient récurrent et il faudra s’en doute compter sur cette évolution en 2008. Un autre détail, qui est sans doute marquant, c’est la mort de l’Abbé Pierre. Il était la dernière figure, explicitement chrétienne, qui était connue et reconnue, part d’autres gens que les chrétiens. Il était respecté par la société civile, et a été l’une des personnalités les plus populaires en France. Avec sa mort, je me demande, qui reste-t-il ? Quelle personnalité chrétienne affirmée, est encore capable de faire reconnaître le côté positif de ses convictions, aussi facilement ?...

P.O. : Concernant l’engagement des chrétiens dans la société, avez-vous constaté un recul ou au contraire, un engagement renforcé ?

J.A. : Je pense que cet engagement des chrétiens se renforce, dans la mesure où les chrétiens sont de plus en plus conscients de leur spécificité et de leur ‘’étrangeté’’ par rapport à la société. J’ai cité précédemment la note doctrinale sur l’évangélisation, mais je pense à d’autres événements comme la Marche pour Jésus qui s’est tenue à Paris. C’est quelque chose qui m’a marqué. Cette apparition soudaine et ponctuelle, dans le paysage urbain, démontre un certain engagement. Maintenant, cet engagement, en quoi consiste-t-il,  en dehors de cette affirmation identitaire ? - sans qu’il y ait quoi que ce soit de péjoratif dans le terme identitaire -…Je m’interroge encore.

Je pense que le seul rapprochement réel se retrouve au niveau des valeurs chrétiennes 

P.O. : Concernant les relations entre les différentes branches du Christianisme, est-ce que l’on assiste actuellement à un rapprochement ou un éloignement ?

J.A. : Il y a une prise de conscience de l’étrangeté du message chrétien au sein de nos sociétés de plus en plus sécularisées. Et cela dirige les différentes branches du Christianisme vers une sorte de solidarité nécessaire. C’est perceptible sur certains sujets. Pourtant, je suis frappé par l’ignorance réciproque abyssale, entre les différentes branches. En général, par exemple, les catholiques ne connaissent pas du tout les réalités protestantes et évangéliques, et fonctionnent avec des schémas ultra-simplifiés et parfois même absurdes. Et inversement. La vision des protestants et des évangéliques concernant l’Eglise catholique est souvent caricaturale. Par contre, entre les catholiques et les orthodoxes, il y a peut être un rapprochement institutionnel, malgré des tensions qui perdurent. Entre les Protestants et les Catholiques, les problèmes ne sont pas nouveaux, et le principal concerne la prétention de l’Eglise catholique à représenter la seule Eglise du Christ. Cela rend difficile le dialogue, et je pense que le seul rapprochement réel se retrouve plutôt au niveau des valeurs chrétiennes, bien qu’il faille encore savoir définir ces valeurs.

P.O. : Quels sont les principaux chantiers qui attendent l’Eglise en 2008 ?

J.A. : D’une manière générale, je pense au langage. L’Eglise doit réfléchir au langage qu’elle utilise pour s’adresser au monde et à la société. Dans la mesure où la culture chrétienne se délite, il faut que l’Eglise apprenne à utiliser un langage qui peut s’entendre par les gens qui sont éloignés de celle-ci. Or j’ai l’impression que c’est le langage de la tribu que l’on utilise. On a l’habitude dans les églises d’avoir des formules toutes faites, qui ont un sens pour les croyants, pour les pratiquants, mais qui n’en ont plus du tout pour les autres. Ce langage peut même paraître agressif pour les gens du dehors. Le danger, me semble-t-il, serait de se replier sur ce langage de la tribu et d’en retirer même une sorte de fierté, en disant : c’est ça le langage chrétien et les autres ont tort. Le deuxième défi consiste à mon avis, pour les chrétiens, de réfléchir à leur place dans la société, et le débat public. Parvenir à se faire comprendre auprès des non chrétiens.

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