Aujourd’hui, le tribunal de Tissemsilt (350 km au sud ouest d’Alger) doit statuer sur le cas de deux chrétiens, accusés de prosélytisme. Rachid Essaghir est l’un d’entre eux et vit un véritable harcèlement en raison de son engagement chrétien.
«J’ai le sentiment qu’ils me suivent tout le temps» affirme Rachid en parlant des policiers. Les ennuis de Rachid, chrétien d’origine musulmane, ont commencé l’année dernière, en juin 2007, quand il a été arrêté lors d’un contrôle routier avec un ami nommé Djallal. Les policiers avaient trouvé dans leur véhicule un carton contenant des bibles et livres chrétiens ce qui a valu à Rachid d’être accusé de «distribution de documents dans le but de perturber la foi musulmane».
Cette affaire était la première du genre après la mise en application de l’ordonnance 06-03 qui interdit toute forme d’évangélisation des musulmans. (*)
Le 28 novembre 2007, les deux hommes avaient été acquittés, mais c’est pour cette même affaire qu’ils se retrouvent aujourd’hui devant le tribunal.
Rachid a également fait l’objet de deux autres condamnations en raison de ses activités religieuses :
Le 28 janvier 2008, Rachid est condamné avec deux autres hommes, en leur absence. Les prévenus n’étaient alors pas informés de la tenue de leur procès. Rachid, Youcef et Hamid avaient plus tard appris leur condamnation à 3 ans de prison et 5000 euros d’amendes pour blasphème contre le nom du prophète [de l’islam] et Allah.
Le 22 mai dernier, Rachid a de nouveau été condamné à 6 mois de prison avec sursis et 200 000 dinars d’amende (2000 euros), condamnation réduite le 3 juin 2008 à deux mois de prison avec sursis, pour avoir pratiqué un culte religieux non musulman sans autorisation à son domicile.
“Rachid ne veut pas se taire”
Mais les choses ne s’arrêtent pas là, car Rachid se plaint d’être systématiquement visé par la police. Par exemple, alors que de nombreux cybercafés fonctionnent sans aucune autorisation officielle de la police, le sien a dû être fermé en avril.
« Parce que Rachid est chrétien et connu, son cybercafé ne peut pas rester ouvert » ont expliqué ses proches.
Rachid est persuadé que si la police et la justice s’acharnent sur lui, c’est en raison de son engagement dans la vie de son assemblée protestante évangélique. Il y exerce la fonction d’évangéliste et selon un responsable de l’Eglise protestante, y est très apprécié.
Pour ses amis « les autorités veulent être sûres qu’il va arrêter de parler de sa foi. Mais Rachid ne veut pas se taire. Même s’il doit aller en prison ».
Au moins 13 chrétiens accusés par la justice
Depuis la mise en application de la loi sur les cultes non musulmans, au moins 13 chrétiens ont été accusés ou condamnés officiellement pour prosélytisme, possession ou distribution de littérature, participation à un culte illégal et insulte au prophète de l’islam.
Plusieurs procès sont en cours. Quatre chrétiens ont été acquittés. Neuf ont été condamnés à des peines de prison avec sursis (de 2 mois à 3 ans) et à de fortes amendes (de 300 à 5000 euros). La plupart ont fait appel de leur condamnation.
Sur les 26 assemblées ayant reçu un ordre de fermeture, la plupart ont décidé de continuer à accueillir les fidèles.
(*) Selon cette loi qui régule les conditions d’exercice des cultes autres que musulmans, une tentative de convertir un musulman à une autre religion peut être passible d’une peine allant jusqu’à 5 ans de prison et 1 million de dinars d’amende (10 000 euros).
(Avec Compass Direct News et Middle East Concern)