Economie, Crise financière, Guerre en Irak, Intervention en Afghanistan, Pétrole : les sujets de discussion entre les deux candidats à l’élection présidentielle américaine sont nombreux.
Et si, sur les questions économiques Barack Obama semble l’emporter alors que sur le plan international la faveur est à John McCain, la grande inconnue de cette élection est la question religieuse et plus précisément le vote évangélique
Plus divisés que jamais ceux qui représentent 25% de l’électorat américain et qui ont contribué à la réélection de George Bush en 2004 son très attendus. Pour les séduire, les deux candidats à la présidentielle emploient les grands moyens :
débat sur leur foi avec le pasteur Rick Warren, rencontre avec le pasteur Billy Graham et son fils, réunion au sein des communautés évangéliques, John McCain est même allé jusqu’à rallier le culte baptiste il y a quelques mois alors qu’il se disait épiscopalien (de communion anglicane). Mais l’atout cœur pour séduire les électeurs évangéliques, c’est John McCain qui l’a trouvé en nommant comme colistière Sarah Palin issue des Eglises évangéliques et plus précisément des Assemblées de Dieu (ADD). Croire que les évangéliques se résument à un bloc monolithique, c’est mal connaître ces chrétiens et il faudra plus à John McCain pour emporter l’élection.
D’un côté, il y a les libéraux et de l’autre les conservateurs. Les églises libérales sont situées dans le Nord des Etats-Unis, dans
ces églises, noirs et blancs se côtoient dans les rangs et les valeurs partagées sont souvent très ouvertes. Pas de riches propriétaires dans ces églises, juste des chrétiens qui vont à la rencontre du monde et qui on fait de l’évangélisation la base de leur foi. « Allez de par le monde, apporter la bonne nouvelle ». Dans ces églises, on vote démocrate depuis John Kennedy. Jimmy Carter représentait le chrétien baptiste par excellence et l’on croit encore au rêve du pasteur Martin Luther King. Les églises du Nord refusent de s’exprimer sur les futures élections américaines. Elles ne veulent surtout pas être associées au président américain actuel et laisser penser qu’elles se sont engagées dans la guerre contre le terrorisme.
Depuis George W. Bush, le fossé entre libéraux et conservateurs s’est creusé et notamment en raison de la guerre en Irak. Libéraux d’un côté, conservateur de l’autre, nordiste et noir d’un côté, sudiste et blanc de l’autre. La ligne de démarcation est infranchissable et le sentiment d’une différence entre les églises est extrêmement palpable.
Bienvenue dans les Eglises du Sud des Etats-Unis. Ici, tous les chrétiens sont blancs et les valeurs très différentes de l’Europe. Dans ces églises, George W. Bush incarne l’élu de Dieu et la guerre en Irak, le plan de Dieu. Difficile, ici, de concevoir qu’un homme autre que Républicain puisse accéder à la maison blanche. Chrétiens, oui, Conservateurs, aussi.
Difficile également dans ces églises d’imaginer qu’une femme, aussi évangélique et croyante que Sarah Palin, soit numéro deux du pays. Dans ces églises, les femmes ne peuvent jouer qu’un rôle minime. Le pasteur Billy Graham est l’espoir des chrétiens et on pense que chaque chrétien doit jouer un rôle en politique. « Nous sommes le sel et la lumière », explique le pasteur John Salvesen de l’Eglise Bear Creek au Texas. « Le gouvernement, les places publiques sont des endroits où l’on doit en tant que chrétien travailler pour montrer nos vues et nos opinions. Nous devons souhaiter le meilleur pour notre société, et le meilleur seuls les chrétiens peuvent l’apporter », poursuit-il.
Pour ce pasteur, pas un dimanche sans parler politique avec ses fidèles. « Oui, je préfère fortement John McCain comme le prochain président des Etats-Unis. Il a beaucoup d’expérience et a prouvé son dévouement à son pays lorsqu’il a été emprisonné pendant la guerre du Vietnam. De plus, McCain sera le meilleur dans la lutte contre le terrorisme puisqu’il souhaite renforcer les forces armées en Irak, Afghanistan et envisager d’aller en Iran ».
Les évangéliques semblent de plus en plus déstabilisés par les prochaines élections. Et si les uns supportent la guerre contre le terrorisme, l’autre frange des chrétiens est plus réticentes. A l’église Haïtienne de Brooklyn, les chrétiens refusent de laisser leurs enfants en Irak. « Regardez la couleur de l’armée et regardez la couleur de peau des membres de notre église. Des noirs en Irak et des noirs dans nos églises. Ce sont nous qui payons pour les chrétiens évangéliques blancs qui luttent contre le terrorisme. Dieu ne nous demande pas de laisser nos enfants mourir sans rien faire au nom de la religion. En Haïti, la violence on connaît. Je suis arrivé dans les années 80 pour prêcher l’amour aux chrétiens, je ne peux pas avoir un double discours », affirme le pasteur haïtien qui préfère garder l’anonymat.
« Les évangéliques sont perdus et les différences de plus en plus visibles entre les uns et les autres. Il est vrai que les sudistes vont jusqu’à éprouver des idées racistes et pensent que la Guerre en Irak était la volonté de Dieu. Ils soutiendront d’ailleurs la guerre en Iran ou en Russie, si le président élu est John McCain », explique Alex Sawyer, professeur et chercheur en religion à l’université d’Alabama. Un schisme se dessine dans les églises américaines et le prochain président pourrait accentuer un peu plus cette division entre le Nord et le Sud.
A trois semaines des élections, le choix des chrétiens n’est pas arrêté et si seuls 10% des évangéliques blancs se disent passionnés par la course à la Maison blanche, la moitié des chrétiens évangéliques se disent frustrés par la campagne et les thématiques soulevées. Alors que le milieu évangélique américain traverse une crise identitaire, «
Dieu reste le grand gagnant des élections et donnera sa réponse le 4 novembre prochain », explique la pasteur Lissie Cook de l’Eglise évangélique de Staten Island (New York). A la sortie de l’église Lissie s’arrête quelques instants sur les marches du perron et dirige son doigt vers le panneau de l’église sur lequel est inscrit « Christ est la réponse ». « Il n’y a pas d’autre réponse que la sienne », affirme-t-elle.
Vanessa Gondouin-Haustein
Correspondante pour le Topinfo à New York
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