
John McCain est, à 72 ans,
le vétéran de la course à la Maison Blanche. Le survivant, le revenant, il est surtout celui qui, à bord de son avion en pleine guerre du Viêt Nam, a explosé en plein vol au dessus de Hanoï. Les deux bras et le genou cassé, le soldat McCain a été torturé pendant cinq ans par les Viêt Congs. Pourtant, il n’a jamais renoncé. Après son échec en 2000 à l’élection présidentielle et alors que, quelques mois après avoir déclaré sa candidature en 2007, tout semble perdu, le Républicain ne s’arrête pas. Rebelle, fils et petit fils de militaires,
McCain croit en son destin, un destin hors du commun qui pourrait lui ouvrir les portes de la Maison Blanche, mardi 4 novembre prochain.
De son passé héroïque au Viêt Nam à la course à la Maison Blanche,
John McCain ne renonce jamais. Le jeune homme impétueux a appris à souffrir en silence. John Sidney McCain est né le 29 août 1936 sur la base militaire américaine de Coco Solo, dans la zone du canal de Panama. Enfant rebelle, ses parents le plongent dans des bains d’eau froide pour le calmer. Après des études à l’Académie navale d’Annapolis, John s’engage comme aviateur dans la Navy et est envoyé au Viêt Nam. Très vite, le destin va frapper
McCain qui devient un survivant pour beaucoup et un héros du Viêt Nam pour des millions d’américains. Le 29 juillet 1967, il échappe à un tir de roquettes. L’incendie se propage à bord du navire USS Forrestal et fait 134 victimes.
Quelques mois plus tard, le 26 octobre 1967, il explose en plein vol. Un missile Viêt-Cong touche l’avion qu’il pilote. Il parvient à s’éjecter in extrémis et se brise les deux bras et le genou. Il tombe au milieu d’un lac et, incapable de bouger, il est en train de couler. Il ne doit sa survie qu’à son ultime effort pour tirer avec ses dents la sangle de son gilet de sauvetage. Il est repêché par les Viêt-Congs et est fait prisonnier. Durant cinq ans, il va être torturé, humilié. A la violence de ses tortionnaires s’ajoute la souffrance de ses membres cassés qui ne se remettront jamais. Libéré en mars 1973 et décoré à son retour par le président Nixon, John McCain reste marqué à vie. Il travaille pendant quelques années comme officier de la liaison de Navy au Sénat des Etats-Unis.
En 1982,
il décide de se lancer en politique et fait acte de candidature pour le poste de Gouverneur de l’Arizona.
De Gouverneur à la présidentielle
Il a gardé du Viêt Nam un très fort traumatisme et un léger handicap physique. McCain s’apitoie peu sur son sort et décide de poursuivre sa carrière.
En 2000, il se présente à l’élection présidentielle contre l’autre candidat républicain George Bush. Il remporte l’Etat du New Hampshire en distançant de 18 points son rival George Bush. Ce dernier ne lui pardonne pas et lance à son encontre une terrible campagne de calomnies qui oblige John McCain à se retirer de la course à l’investiture présidentielle. Ses détracteurs l’accusent d’avoir transmis la syphilis à son épouse Cindy et d’avoir eu une liaison extraconjugale avec une femme noire, avec laquelle il aurait eu un enfant. Cindy McCain est touchée par ces propos diffamatoires. L’enfant n’est autre qu’une orpheline Bangladaise qui a été adoptée par Cindy, très engagée dans les œuvres humanitaires. McCain semble fini politiquement et se résigne à briguer le poste de sénateur de l’Arizona.
Quelques mois plus tard, John McCain traverse une nouvelle épreuve. Celle d’un cancer de la peau. Une fois encore, il s’en sortira, mais avec une profonde cicatrice sur la joue gauche.
2007 : le survivant est de retour
Malgré les tortures, malgré la défaite politique, John McCain ne renonce jamais. L’idée de franchir un jour les portes de la Maison Blanche en tant que Président des Etats-Unis le poursuit. En 2007, alors que plusieurs le pensent hors course, il revient sur le devant de la scène et se déclare candidat à l’élection présidentielle pour le Parti républicain. Les médias se liguent contre lui, il est à court d’argent et son soutien à la guerre en Irak a été mal perçu. Alors qu’il est pratiquement exclu de la course, le survivant revient et remporte plusieurs Etats clés. Il bat Mike Huckabee, Rudolph Giuliani ou encore Mitt Romney. « Il est revenu d’entre les morts », disent de lui ses conseillers.
2008, l’année de la victoire ?
L’année 2008 pourrait marquer pour John McCain l’année de la victoire. Celui qui avance parfois à contre courant de l’opinion publique américaine, qui est inclassable politiquement séduit les électeurs par son franc-parler. Il est l’ami du démocrate John Kerry qui voulait faire de lui son Vice-président en 2004. Il est également l’ami du démocrate Joe Biden qu’il voulait nommer comme Vice-président, bien avant qu’Obama ne le nomme.
John McCain n’a pas sa langue dans sa poche et n’a pas hésité en 2000 à qualifier les évangélistes Pat Robertson et Jerry Falwell « d’agents de l’intolérance et de la corruption religieuse ». Ces accusations à l’encontre de la communauté évangélique lui avait fait perdre, en 2000, le vote de ces chrétiens qui représentent un électeur sur quatre.
John McCain incarne le renouveau politique,
en rupture profonde avec George Bush. Le survivant de la guerre du Viêt Nam est résolument hostile à la torture dans les prisons irakiennes ou de Guantanamo. Il croit, en revanche, dans le bien fondé de la peine de mort. Malgré l’opinion contraire, il est pour la guerre en Irak et le maintien de soldats américains dans le pays. Enfin, McCain est opposé au droit à l’avortement et au mariage homosexuel.
A quelques jours de
l’élection présidentielle américaine, les instituts de sondage américains désignent tous Barack Obama comme le favori de l’élection présidentielle. A 72 ans, celui qui deviendrait le plus vieux président des Etats-Unis n’a pas dit son dernier mot. Et, le survivant pourrait faire son grand retour le 4 novembre prochain.
Vanessa Gondouin-Haustein
Correspondante pour le Topinfo à New York
-A lire : « McCain le survivant », la seule biographie française sur le candidat, co-écrit par Marjorie Paillon et Martial You, aux éditions Alphée.
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