1. 1. Mise en garde importante.
1.1. Rappel.
Nous avons déjà souligné en abordant les volets précédents de ce thème que la prière pouvait être pervertie dans la mesure où elle ne serait qu’un acte religieux.
Elle ne doit pas être non plus une échappatoire, une fuite par rapport aux réalités, ni un paravent ni un exercice de style.
Elle n’est pas non plus ni magique, ni une performance qui consisterait à supposer que Dieu puisse être impressionné par des flots de paroles, comme s’il fallait « prier au kilomètre ».
1.2. La prière ne doit pas être une pratique égocentrique ce qui serait une « perversion ».
Les aspects différents que nous avons soulignés par rapport à la prière ont mis en avant le fait qu’elle apporte la guérison intérieure, la vie de l’Esprit, la paix, la libération.
Il faut veiller cependant à ce que la prière ne devienne pas un exercice nombriliste.
En effet, à force de prier pour expérimenter uniquement tout ce que cet acte de piété peut apporter à juste titre, une déviation sournoise et subtile pourrait s’installer et s’immiscer au point de pervertir ce qui doit rester une démarche pure et approuvée par Dieu.
À force de chercher à guérir, il est possible de parvenir au résultat inverse, car à ne fixer les yeux que sur soi et ses préoccupations en oubliant les autres, on finit par s’égarer sans s’en apercevoir.
Cette attitude conduit tout droit à la frustration.
1.3. L’égoïsme, voilà l’ennemi.
Avant de nous engager dans des doctrines et des suppositions attribuant au diable la responsabilité que la prière rencontre de l’opposition, il faudrait d’abord être honnêtes et vérifier notre mentalité et nos mobiles qui nous poussent à prier.
Il est vrai que Satan peut tenter, dans tous les sens du terme, de faire obstacle à la prière, d’abord en insinuant qu’elle est inutile, inefficace ou bien qu’elle constitue un gaspillage de temps, ensuite en étant aussi à l’origine des combats spirituels que connaît celui qui prie.
Éphésiens 6/12 : Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes.
Daniel 10/13 : Le chef du royaume de Perse m’a résisté vingt et un jours…
Ceci ayant été dit, les plus grandes entraves à l’efficacité de la prière ne se situent pas à ce niveau, mais à celui des dispositions de cœur de celui qui prie.
Une perversion courante de la prière survient quand elle devient un exercice égocentrique dans lequel celui qui invoque Dieu n’a en vue que ses besoins.
Il désire être béni et exaucé, lui, sans avoir la moindre pensée ni le moindre regard pour les besoins autres.
1.4. Relation entre la prière que Dieu entend et la place accordée aux autres dans le cœur de celui qui prie.
Ésaïe 58/7 : Partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ta guérison germera promptement ; ta justice marchera devant toi, et la gloire de l’Éternel t’accompagnera. Alors tu appelleras, et l’Éternel répondra ; tu crieras, et il dira : me voici ! Si tu éloignes du milieu de toi le joug, les gestes menaçants et les discours injurieux, si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, si tu rassasies l’âme indigente, ta lumière se lèvera sur l’obscurité, et tes ténèbres seront comme le midi. L’Éternel sera toujours ton guide, il rassasiera ton âme dans les lieux arides, et il redonnera de la vigueur à tes membres ; tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent pas.
Le véritable jeûne et la prière agréable à Dieu sont des exercices de piété qui vont au-delà des mots ou de l’abstinence de nourriture.
Ils doivent être accomplis dans le contexte d’une vie dans laquelle le péché est rejeté, ainsi que toute forme d’égoïsme entretenu.
Sinon, celui qui prie tombe sous ce diagnostic qui est aussi un jugement :
Ésaïe 58/3 : Que nous sert de jeûner, si tu ne le vois pas ? De mortifier notre âme, si tu n’y as point égard ? Voici, le jour de votre jeûne, vous vous livrez à vos penchants, et vous traitez durement tous vos mercenaires. Voici, vous jeûnez pour disputer et vous quereller, pour frapper méchamment du poing ; vous ne jeûnez pas comme le veut ce jour, pour que votre voix soit entendue en haut.
Dans ces conditions, à la fois Dieu et celui qui prie sont frustrés, car le Seigneur prendrait plus de plaisir à approuver la prière qu’à devoir la rejeter.
2. Ce que dit la Bible.
2.1. Entre autres textes, ceux-ci sont parlants.
Proverbes 30/15 : La sangsue a deux filles qui disent : Donne, donne ! (Elle est insatiable !)
Jacques 4/3 : Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions.
« Lorsque vous demandez, vous n’êtes pas exaucés, parce que vous priez dans de mauvaises intentions : vous ne cherchez qu’à satisfaire votre désir insatiable de plaisirs. » (Parole vivante)
1 Pierre 3/7 : Maris, montrez à votre tour de la sagesse dans vos rapports avec vos femmes, comme avec un sexe plus faible (fragile physiquement, en général…) ; honorez-les, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. Qu’il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières.
« …Sinon vous mettez vous-mêmes obstacle à l’exaucement de vos prières. » (Parole vivante)
2.2. Ces mises en garde de la Bible ont un but commun.
Celui qui prie ne doit pas se livrer à une démonstration d’égoïsme ni à un étalage de contentement de soi.
Ce serait le syndrome de l’éponge qui ne pense qu’à se gorger d’eau.
La prière n’est pas le moyen de demander à Dieu la possibilité de prendre le dessus et sur l’autre, comme si l’on pouvait manipuler le Seigneur afin de servir de lui pour arriver à ses propres fins égoïstes et orgueilleuses.
2.3. Précautions utiles à préciser.
Nous ne sommes pas en train de dire qu’il ne faut pas prier pour soi et que penser à soi dans la prière empêcherait toujours de se préoccuper des autres.
Certains disent parfois qu’ils ne prient pas pour eux, mais pour les autres car ils ont davantage de besoins qu’eux-mêmes.
Cette conception apparemment très altruiste vient du fait qu’ils pensent, à tort, que Dieu ne peut pas tout faire et que si l’on prie pour soi, cela l’empêche de s’occuper des autres !
Cette conception est inspirée par la pensée tendant à supposer que Dieu serait comme un homme, vite dépassé par les événements et le travail à faire ! ! !
Quelle ignorance !
D’autres prétendent que ce que l’on fait pour les autres est une manière de prier.
Il ne s’agit pas de cela non plus.
Il est donc recommandé de rester équilibré et de prier pour soi, pour les autres et de faire le maximum de bien en actions que l’on pourrait leur faire, car la prière ne peut pas remplacer ce que l’on doit et peut faire pour le prochain.
Ces précautions sont importantes à formuler, car la tendance humaine à déformer les propos est très courante.
De toutes façons, si quelqu'un prie pour lui-même comme cela se doit, les autres en bénéficieront aussi, car son comportement en sera changé dans le sens de plus d’amour, de patience et de bonté à leur égard.
Ainsi, prions pour nous-mêmes et nos besoins.
Prions aussi en pensant aux autres parce qu’ils ont une place dans nos cœurs.
Nous vivrons ainsi la prière qui apporte et que ne conduit pas à la frustration.
Colossiens 4/12 : Épaphras, qui est des vôtres, vous salue : serviteur de Jésus-Christ, il ne cesse de combattre pour vous dans ses prières, afin que, parfaits et pleinement persuadés, vous persistiez dans une entière soumission à la volonté de Dieu.
3. quelle est la place réservée aux autres dans nos cœurs ?
3.1. La question de base.
Ce sujet nous amènera obligatoirement à parler de l’intercession dans le prochain enseignement.
Mais avant d’évoquer que l’intercession est la prière qui a pour but d’apporter quelque chose aux autres, il est important de s’examiner pour savoir quelle place ils occupent dans nos cœurs.
3.2. Une souffrance significative et un appel pathétique.
2 Corinthiens 7/2 : Donnez-nous une place dans vos cœurs ! Nous n’avons fait tort à personne, nous n’avons ruiné personne, nous n’avons tiré du profit de personne.
2 Corinthiens 6/11 : Notre bouche s’est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s’est élargi. Vous n’êtes point à l’étroit au-dedans de nous ; mais vos entrailles se sont rétrécies. Rendez-nous la pareille, -je vous parle comme à mes enfants, élargissez-vous aussi !
Cette souffrance de l’apôtre n’était pas, comme on pourrait le penser, le résultat d’une frustration égoïste.
Paul n’était pas homme à mendier de l’affection et son sens de la fidélité à l’Évangile primait sur tout désir démagogique d’être aimé.
2 Corinthiens 12/15 : Pour moi, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous.
Il ne souffrait pas d’abord de n’être pas aimé des Corinthiens et de n’avoir pas beaucoup de place dans leurs cœurs alors qu’ils lui devaient beaucoup.
Il souffrait surtout de voir que ces chrétiens devenus charnels n’avaient plus beaucoup de place pour les autres.
Dans cette situation, c’était leur vie spirituelle d’abord qui était en danger, d’où le caractère pathétique de son appel à s’élargir, non au péché ni au monde, mais aux autres afin de les aimer et de les accueillir.
3.3. Les ravages de l’égoïsme.
Comme un virus faisant ses ravages par l’intérieur, l’égoïsme était en train de ronger les Corinthiens au-dedans d’eux-mêmes et de leur vie d’Église.
Il s’était immiscé dans les agapes au point de dénaturer « le repas du Seigneur ».
1 Corinthiens 11/20 : Lors donc que vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le repas du Seigneur ; car, quand on se met à table, chacun commence par prendre son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire ? Ou méprisez-vous l’Église de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n’ont rien ? Que vous dirai-je ? Vous louerai-je ? En cela je ne vous loue point.
1 Corinthiens 11/33 : Ainsi, mes frères, lorsque vous vous réunissez pour le repas, attendez-vous les uns les autres. Si quelqu’un a faim, qu’il mange chez lui, afin que vous ne vous réunissiez pas pour attirer un jugement sur vous. Je réglerai les autres choses quand je serai arrivé.
Il s’était glissé dans la manière de pratiquer les charismes au point de conduire au désordre.
1 Corinthiens 12/1 : Pour ce qui concerne les dons spirituels, je ne veux pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance.
1 Corinthiens 12/7 : Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune.
1 Corinthiens 14/23 : Si donc, dans une assemblée de l’Église entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ?
1 Corinthiens 14/26 : Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification. En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu’un interprète ; s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Église, et qu’on parle à soi-même et à Dieu. Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent ; et si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise.
Les textes bibliques parlent par eux-mêmes.
La place qu’il aurait fallu donner aux autres dans leurs cœurs était en péril.
3.4. Répercussions diverses.
Non seulement la préoccupation exclusive de soi pervertit la vie d’Église comme nous venons de le voir, mais elle met en difficulté la vie sociale en général, celle du couple et celle de la famille en particulier.
Prier en ne se souciant ni du confort ni de l’intérêt à porter aux autres provoque des obstacles pour que la prière soit entendue par Dieu avec approbation.
Ou bien si quelqu’un prie pour ses collègues de travail en ayant un comportement égoïste au milieu d’eux, comment ses prières pourraient-elles être efficaces ?
Celui qui prie dans ces conditions met lui-même des empêchements à l’exaucement de ses prières.
La prière laisse de la place aux autres afin qu’elle puisse aussi leur apporter quelque chose.
4. comment donner aux autres la place qui leur revient dans l’amour ?
4.1. Le cercle vertueux de la prière et de l’amour.
C’est l’amour qui doit inspirer la prière qui accorde de la place aux autres, mais comment faire pour prier si on a du mal à les aimer ?
Mais pour beaucoup, c’est la difficulté à aimer qui est vécue comme une entrave et un handicap.
Pour sortir du cercle vicieux du manque d’amour qui conduirait à attendre d’en avoir pour prier, il faut commencer en fait par prier pour les autres, y compris pour ceux que nous n’aimerions pas.
Ce cas de figure se présente parfois et ceux qui prétendent le contraire ne sont pas sincères.
Ceux-là ont une place dans notre cœur, mais une place qui n’est pas la meilleure, car c’est éventuellement celle de l’animosité et celle de la rancune.
En priant pour eux, le Saint Esprit communique de l’amour à leur égard et plus il le fait, plus il est possible de prier.
Il ne s’agit pas de prier à la manière des disciples qui voulaient faire tomber le feu du jugement sur les Samaritains, mais il s’agit de demander à Dieu de leur accorder son salut.
Romains 10/1 : Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés.
Luc 9/54 : Les disciples Jacques et Jean, voyant cela, dirent : Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ?
Matthieu 5/44 : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent.
Luc 6/28 : bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.
4.2. La place des autres dans l’amour va de pair avec l’humilité.
Il serait possible de prier pour les autres avec seulement un amour de pitié inspiré par un sentiment de supériorité.
Prier pour quelqu’un nécessite de ne pas se placer au-dessus de lui, comme s’il avait des besoins que nous n’aurions pas.
Cette attitude nous guette sans que nous en soyons conscients.
Philippiens 2/3 : Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes.
Prier pour quelqu’un ne veut pas dire qu’on lui soit supérieur et les besoins qu’il a sont aussi souvent les nôtres.
4.3. Décision.
Comme nous l’avons fait pour nos besoins personnels, examinons la place des autres dans nos cœurs.
Quelqu’un en aurait-il été exclu ?
Qui doit y retrouver sa place ?
Ensuite nous verrons comment entrer davantage dans l’intercession, « la prière qui a pour but d’apporter aux autres ».
Il est si facile d’exclure les autres de son cœur en se donnant des bonnes raisons, qu'il s'agisse de personnes en particulier ou de catégories sociales ou raciales.
5. Un exemple à suivre.
Philémon 1/10 : Je te prie pour mon enfant, que j’ai engendré étant dans les chaînes, Onésime.
Philémon 1/17 : Si donc tu me tiens pour ton ami, reçois-le comme moi-même. Et s’il t’a fait quelque tort, ou s’il te doit quelque chose, mets-le sur mon compte. Moi Paul, je l’écris de ma propre main, je paierai, pour ne pas te dire que tu te dois toi-même à moi.
Nous remarquons ici :
À cause de ce qu’il avait fait, Onésime, esclave en fuite et arrêté est en prison.
Il n’avait plus de place dans aucun cœur, jusqu’au moment où Paul lui-même prisonnier, va lui en donner une dans le sien et l’amener à la conversion et au salut.
L’apôtre a écrit à Philémon pour que le jeune homme puisse à son retour trouver une place dans le cœur de son maître qu’il avait lésé.
Payant pour lui, Paul manifeste l’esprit de Christ qui a payé pour nous.
Philémon 1/12 : Je te le renvoie lui, mes propres entrailles. Peut-être a-t-il été séparé de toi pour un temps, afin que tu le recouvres pour l’éternité, non plus comme un esclave, mais comme supérieur à un esclave, comme un frère bien-aimé, de moi particulièrement, et de toi à plus forte raison, soit dans la chair, soit dans le Seigneur. Si donc tu me tiens pour ton ami, reçois-le comme moi-même.
En même temps, il demande à son ami un logement chez lui.
C’est un clin d’œil de l’apôtre destiné à solliciter une place dans son cœur.
6. Condition indispensable.
Avant de pouvoir donner aux autres de la place dans notre cœur, la question est de savoir si le Seigneur lui-même a la sienne.
S’il ne l’a pas, ceci explique pourquoi les autres ne l’ont pas non plus.
Luc 2/7 : Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.
À l’inverse de cette scène évoquée traditionnellement à Noël, Rébecca avait de la place pour l’envoyé d’Abraham.
C’est son exemple qui doit nous inspirer, tant pour la place à donner au Seigneur que pour celle à accorder aux autres.
Genèse 24/23 : Et il dit : De qui es-tu fille ? Dis-le moi, je te prie. Y a-t-il dans la maison de ton père de la place pour passer la nuit ?
Genèse 24/25 : Elle lui dit encore : Il y a chez nous de la paille et du fourrage en abondance, et aussi de la place pour passer la nuit.
Quelle place Jésus-Christ a-t-il en nous et dans nos décisions ?